Lettre ouverte à Madame Lagarde

Madame Lagarde

 

Vous avez pris à partie récemment le peuple grec en lui reprochant de ne pas payer ses impôts. Pourtant il se trouve que vous-même, comme les fonctionnaires internationaux qui président aux destinées des nations européennes, vous ne payez quasiment aucun impôt direct sur vos revenus. Votre rémunération est pourtant démesurée par rapport à vos fonctions de représentation sans participation directe à la direction des affaires que vous prétendez influencer, ce qui vous exonère de toute obligation de résultats.

L’indignation des Grecs devant de tels propos est compréhensible et ce d’autant plus que vous n’en êtes pas à votre premier coup d’essai en matière de phrases assassines qui ne trahissent que trop votre statut privilégié par rapport à des populations qui sont obligées de subir au quotidien le diktat des usuriers qui leur imposent une cure d’austérité au prétexte qu’il faut bien rembourser les dettes contractées en leur nom.

Et Dieu sait si les dettes vous les avez laissées pousser du temps où vous-mêmes, comme vos comparses banquiers ou avocats d’affaires, faisiez vos choux gras de la méconnaissance des peuples en matière de gestion financière. Jamais vous n’avez remis en question ce système de financement inique des Etats par la dette bancaire et pour cause, puisque vous savez trop bien qu’une dette jamais remboursée est le meilleur gage de l’esclavage durable des peuples enchaînés au remboursement de la dette, sans laquelle les serviteurs de l’Etat ne peuvent être payés. En bonne technocrate que vous êtes, vous dirigez tous vos efforts dans le sens de la perpétuation du système économique fondée sur l’offre monétaire parce qu’il consacre le rôle central de l’Etat dans l’administration des affaires économiques et financières que vous vous efforcez de verrouiller en produisant toujours plus de lois et de règlement. C’est une véritable machine infernale que vous avez contribuée à mettre en place, en faisant croire que le libéralisme était synonyme de la libre circulation des biens et des services à travers des frontières ouvertes, le fameux Marché unique complété par l’espace Schengen, grâce à la fluidité du capital qui ainsi devait profiter à tous.

Seulement voilà, autant la dette est agréable lorsqu’elle contribue à créer des millions d’emplois publics en faisant croire que la croissance augmente au même rythme que celle des dépenses de l’Etat, autant elle devient fâcheuse lorsque la nécessité du désendettement des banques se traduit par une restriction des moyens financiers mis à la disposition de l’économie dite « réelle ». Cette contraction du crédit s’accompagne bizarrement d’une inflation des liquidités offertes aux acteurs financiers par la FED ou la BCE agissant de concert pour sauver les fauteurs de crise économique. Ainsi autant vous paraissez hyper sensible lorsqu’il s’agit de sauver la peau de banquiers réputés « indispensables », autant vous vous montrez indifférente, lorsqu’il s’agit d’empêcher les masses populaires de sombrer dans la misère, faute de travail et de moyens financiers pour faire vivre les entreprises.

Ce régime de deux poids, deux mesures vous permet  de passer sous silence les multiples fraudes comptables dont se sont rendues coupables les banques à travers la surévaluation de leurs actifs que des passe-droits en matière de financement via le secteur non réglementé permettent  de financer sans tenir compte de leur valeur intrinsèque. Pourtant les montages financiers qui ont provoqué la crise actuelle sont des exemples remarquables de fraude fiscale tolérée par le régulateur, dans la mesure où elle s’appuie sur la création d’entités juridiques ad hoc dans des paradis fiscaux où peuvent s’installer les hedge funds appartenant aux groupes bancaires, afin de faire jouer à plein l’effet de levier dans le « funding » du portefeuille des banques. Le public est à dix milles lieux d’imaginer que les autorités de surveillance tolèrent de telles pratiques pourtant reconnues comme des moyens licites de réduction des risques (sic !) dans les réglementations internationales édictées par la BRI ou la Commission européenne relatives aux « bonnes pratiques » en matière de gestion des risques. Les manœuvres comptables intervenant dans les transactions entre le secteur bancaire normalisé et le « shadow banking » passent par des centrales de clearing, Euroclear ou Clearstream, qui servent de support technique à des pratiques discutables en matière de fourniture de liquidités aux banques désireuses d’échanger leur collatéral (arbitrairement valorisé entre banques commerciales et banques centrales)contre des prêts cash, alors même que vous feignez de lutter contre la création de fausse monnaie, au moyen d’un arsenal impressionnant de lois contre le blanchiment que les banques pratiquent tous les jours à des hauteurs stratosphériques.

On se demande bien pourquoi il faudrait laisser perdurer un système de financement qui ne profite qu’à une infime minorité d’actionnaires, alors que le grand public voit s’assécher tous les jours un peu plus ses sources de financement ; malgré les trillions offerts aux banques (et non aux peuples) pour sauvegarder leur solvabilité, c’est-à-dire la possibilité de continuer à gruger les masses ignorantes du fonctionnement de la haute finance qu’elle a du mal à appréhender parce que ces méthodes de « création de valeur » sont tellement contre nature qu’elles ont du mal à pénétrer dan des esprits simples et donc vulnérables. Pourtant il ne s’agit ni plus ni moins que de mettre fin à un pillage éhontée de la richesse privée par la dette publique à laquelle les banques se prêtent complaisamment parce qu’elle constitue une source de profit inépuisable. Les peuples sont loin de se douter comment les banques transforment les titres de dette publique en « funding » pour leurs actifs, que se soit des crédits aux entreprises ou aux particuliers ou des expositions de marché via l’émission de produits dérivés garantis par la dette publique réputée « as good as gold », alors que les banques savent bien qu’elles financent des Etats impécunieux.

Lorsque vous conseillez aux Grecs de payer leurs impôts, il ne s’agit donc pas tant de sauver leur pays de  la ruine que de consolider le système de la fraude comptable qui permet aux banques de vivre aux dépens des peuples qu’elles ont emprisonnés en leur faisant croire à la vie facile à l’abri de la fonction publique sui serait perpétuellement financée par la dette. Or comme nous l’avons vu, il ne s’agissait que de faire « le casse du siècle » en pillant l’économie réelle par la substitution de la dette publique au capital privé par l’entremise des émetteurs de dette sur les marchés. C’est maintenant chose faite : les peuples ont pris au piège de leur propre sottise que les banquiers savent trop bien exploiter, dès lors qu’il s’agit de flatter le médiocre aux dépens de l’entrepreneur privé de capital car confisqué par l’Etat pour payer la dette publique, ce que vous appelez « payer ses impôts », et de débouchés  dans un pays ruiné par le remboursement de la dette. En fin de compte vous n’êtes que le facilitateur maléfique du totalitarisme étatique qui tire prétexte des nécessités de la crise pour imposer la dictature de l’usure vendue par le FMI et la Commission européenne comme indispensable au bien être des peuples.

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